Documentaire, Livres

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite – Camille Emmanuelle

Couverture de Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite de Camille Emmanuelle

Résumé de Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite

« L’homme est blanc, dominant, riche, musclé, performant sexuellement et pénétrant. La femme est blanche aussi, pauvre, pénétrée, elle attend qu’un homme la comble sexuellement (et si possible la comble aussi de cadeaux). »

Les romances érotiques se suivent et se ressemblent : la femme et l’homme répondent à des stéréotypes étriqués, leurs interactions sont autant simplistes que convenues et le désir féminin doit se cantonner à quelques clichés hyper réducteurs.

Quant aux maisons d’édition friandes de ce genre littéraire, qui séduit de plus en plus de lectrices, elles empruntent à la production industrielle ses méthodes et ses cadences. Saviez-vous que chaque personnage doit avoir une blessure secrète ? Qu’il y a des tapis en poils de bête sur lesquels il ne fait pas bon faire l’amour ? Que six jours peuvent suffire à écrire une romance ? Ou encore que chaque personnage a une « fiche » consignée sur un tableau Excel ?…

Camille Emmanuelle, qui a écrit sous pseudo une douzaine de romances érotiques, nous ouvre les portes de ce genre littéraire qui, à force de favoriser une sexualité normalisée, devient un obstacle à une réelle libération sexuelle de la femme. Avec la verve qui la caractérise, elle dénonce l’éternelle comédie qu’on veut, encore, faire jouer à l’homme et à la femme.

Mon avis

La New Romance, ou mommy porn, est un genre littéraire à la mode actuellement, il est donc facile de plonger dans la critique lorsque ce genre ne nous convient pas. J’admet être la première à le faire en bon cœur de glace rabat-joie que je suis, même s’il m’arrive parfois d’apprécier des histoires d’amour. Il serait donc justifié pour les amatrices de ce genre de dire que c’est facile d’écrire un commentaire négatif alors qu’on n’y connaît rien.

Mais Camille Emmanuelle connaît plutôt bien ce genre littéraire, puisqu’elle a été, je cite, « nègre » pour une maison d’édition New Romance. Avoir sa vision donne un aperçu peu glorieux du fonctionnement de certains de ces maisons d’éditions. Votre autrice américaine favorite ultra prolifique vivant à New-York est un mensonge; elle vit dans un studio à Paris, porte un nom bien français et écrit des livres sous les ordres stricts et absurdes de sa maison d’édition afin de payer ses factures. Ca donne envie…

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite dévoile aussi à quel point la New Romance est un genre rétrograde et prompt à vouloir recoller les femmes à la maison dans l’attente du milliardaire rentrant du travail éreinté. La femme est cruche, superficielle, est heureuse lorsqu’elle reçoit des chaussures Louboutin et des bijoux Cartier, sa bêtise naturelle la conduit à être une demoiselle en détresse qui a besoin d’être sauvée par le milliardaire. Bien sûr, c’est une bonnasse entrant parfaitement dans les standards que nous vendent les magasines de presse féminine. Ah, c’est beau l’émancipation des femmes.

Et ne parlons même pas de la vision des hommes dans ce genre de livre et de l’image que ça envoie aux hommes de la vie normale. Si vous n’êtes pas un self-made milliardaire qui a le temps d’aller à la salle de sport et au centre d’épilation tout en étant un beau gosse, passez votre chemin.

Heureusement que Camille Emmanuelle raconte tous ces travers avec un humour mordant, parce que punaise, le bilan n’est pas très glorieux au final. Même les scènes de sexe sont ultra normées, c’est d’un triste. Honnêtement, lisez des fanfics si vous voulez des scènes de cul cools.

Conclusion sur Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite

Bon, je reconnais être en plein dans mon biais de confirmation avec la lecture de ce livre. Forcément, c’est un genre que je n’aime pas et dont je trouve la vision aliénante et qui normalise les relations toxiques.

Mais Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite est une lecture qui devrait passer entre toutes les mains des amatrices de New Romance, parce que parfois il est bon de prendre du recul sur ce qu’on apprécie et de prendre conscience de ce qui se passe dans les coulisses.

La plume de Camille Emmanuelle est fluide et je n’ai pas vu les pages défiler. Elle nous donne ici un livre instructif sur une des industries littéraires les plus populaires et cet ouvrage vaut vraiment le détour.

Retrouvez le livre sur le site des Echappées 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.