Réflexions

La vie avec une dépression no5 : faire le deuil

bougie alignée pour signifier le deuil

Photo par pixel2013

L’arrivée du deuil

TW : Décès, cancer, deuil

A la base, j’avais voulu parler du monde du travail et puis, j’ai perdu ma mère en avril des suites d’un cancer et je me suis prise de plein fouet les conséquences du deuil.

Je me doute bien que je ne suis pas la seule à devoir faire un deuil, mais en ce qui me concerne, c’est la première fois que j’ai le souvenir de perdre quelqu’un de mon entourage. Pour l’instant, j’ai perdu un grand-parent à un an et un autre à six, donc les souvenirs sont flous ou inexistants. J’ai également perdu ma marraine que je n’avais pas revue depuis plusieurs années et avec les mesures sanitaires sévères de 2020, j’ai un peu vécu ce décès à distance, sans vraiment m’en rendre compte.

Un peu de contexte

C’est en 2018 qu’on découvre le cancer du pancréas de ma mère, incurable. Je me souviendrai toujours de la phrase de mon père au téléphone : « Mais tu sais, ta mère ne va pas s’en sortir. » C’est un cancer qu’0n découvre trop tard la plupart du temps, il s’est installé en fourbe pendant dix ans avant d’être détecté. Durée de vie restante : deux mois à deux ans et demi. Si vous souhaitez regarder une vidéo de vulgarisation sur le cancer, je vous mets celle de Dirty Biology

Ma mère aura vécu pendant deux ans et demi, je n’aime pas dire qu’elle a lutté, je n’aime pas les métaphores guerrières qui peuvent être très culpabilisantes. Elle est sortie deux fois des soins palliatifs et elle a émis le souhait d’aller en maison pour la fin de sa vie. Elle y était bien, j’allais la trouver une fois par semaine, mon père presque tous les jours. On avait retrouvé un peu de normalité et puis…

Un lundi soir d’avril, c’est le début de la fin, elle s’en ira le vendredi. On s’est relayé à son chevet, elle s’en est allée alors que mon père la surveillait. Voilà, on le savait, mais la première chose que j’ai découverte c’est qu’on n’est jamais prêt.

Commencer à faire son deuil

Les deux premières semaines, j’étais dans un brouillard total. Il fallait penser aux funérailles, organiser et annoncer les choses; gérer les crises de larmes. On perd un peu la connexion avec la réalité, il y a tant à faire que notre cerveau n’enregistre pas tout. Une fois le brouillard dissipé, on reprend un rythme et soudain, il y a des habitudes qu’on doit perdre.

J’aimais bien lui prendre des photos et les lui envoyer, les pincements au cœur se succèdent quand je réalise que c’est fini, que son dernier message est « ok, je t’attends dehors ».

Faire son deuil, c’est retenir les larmes en sortant d’un entretien d’embauche pour lui annoncer que ça s’est bien passé, parce que c’est ce que je faisais toujours.

C’est ne plus partir à 14h15 le jeudi pour aller prendre le train afin de lui rendre visite, c’est voir le bus que j’avais l’habitude de prendre à la gare me passer devant; c’est se dire que putain, c’est fini.

Le temps

C’est aussi savoir entendre que la première année sera difficile, que les dates seront compliquées à passer. La fête des mères a été la première, j’ai passé la journée à pleurer.

Reprendre la lecture a aussi été rude, c’est par ma mère que je suis arrivée à la lecture. Si on me demande le premier souvenir que j’ai d’elle, je la vois sur le canapé en train de lire. Forcément, petite, je me demandais ce qui la captivait; alors je m’y suis mise à mon tour. Autant dire que les livres lui sont émotionnellement liés.

C’est également téléphoner à son psy pour parler des rêves, pour s’entendre dire que c’est normal, s’entendre répéter que ça va être une année longue dans le processus. Ça ira mieux, mais il faut laisser le temps faire son œuvre. C’est aussi accepter qu’il y aura toujours un vide dans le cœur parce que nous étions proches.

Le temps, ça paraît fichtrement long dans ces moments-là.

Voir le positif

Bien sûr que c’est douloureux, triste de perdre un parent dont on était proche. Mais j’essaie de voir un peu de positif : on a pu se voir assez librement sur les deux derniers mois, elle a enfin pu me montrer sa chambre et m’offrir un café. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour les gens qui ont dû se contenter de visites de 20 min auprès de leurs proches malades à cause des mesures sanitaires et qui les ont perdu avant l’allégement.

Même si je me rends compte que j’ai fait une croix sur certaines amitiés, d’autres se sont révélées être d’un grand soutien. Malgré le fait qu’on se voit moins, ces personnes parviennent à trouver des mots et du temps (certaines malgré leur emploi du temps de ministre).

Mais le plus important au final, c’est que ma mère ait été bien durant sa fin de vie, notamment grâce à l’équipe soignante. Elle avait sa chambre, ses habitudes, elle était en sécurité et entourée par des gens compétents en cas de besoin.

Le deuil sera dur, je ne me fais pas d’illusion, mais je tente de garder les bons souvenirs. Je ne prétends pas avoir les clés pour mieux vivre ce genre de situation, mais j’espère que mon témoignage pourra apporter un peu de soulagement.

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